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Pas de chemin sans pratique !

Il n’y a pas de chemin sans la pratique ! Cela semble évident, pourtant avoir une pratique régulière n’est pas toujours facile, comme vous en faites certainement l’expérience. De nombreux obstacles au quotidien se mettent devant nous, en dépit de notre désir sincère de pratiquer. Obstacles extérieurs de toutes les obligations que nous avons à remplir, de la fatigue et du stress que ces obligations génèrent. Mais aussi obstacles intérieurs, multiples et beaucoup plus difficiles à saisir.

Pratiquer avec nos résistances, en les accueillant comme des amies qui ont des choses à nous dire.

Ces obstacles-là, qu’on peut nommer sous le terme générique de résistances, font partie intégrante du chemin : on ne commence pas à pratiquer une fois qu’on les a franchis, mais on pratique avec eux, comme avec des amis. On pratique avec nos résistances, en les intégrant. Et, au fil du temps, on découvre leur nature, ce qu’elles expriment de nous-même, la façon dont elles ont pris racine en nous, etc. Un vaste de panorama qu’il est absolument nécessaire d’investiguer sur le chemin de connaissance de soi.

D’abord pratiquer

C’est l’objet de ce blog que de s’intéresser au chemin parcouru lors de la pratique du Qi Gong, de considérer ce qui se passe pour soi, de questionner la relation à notre propre corps (par exemple, sommes-nous dans une démarche d’éducation et de contrôle de celui-ci ou dans un processus d’écoute ?), à l’enseignement, à l’enseignant…
Mais ces questions ne doivent pas naître d’une investigation théorique : elles ont une réelle valeur pour notre chemin si elles émanent d’une demande intérieure, vitale, viscérale, très concrète, qui se révèle au fur et à mesure de la pratique, de notre pratique, pour chacun de façon différente, unique.

Voilà : le secret de la pratique est d’abord… pratiquer !

Un ami participait à un stage d’aïkido avec un maître japonais. Ce dernier, venu avec une boîte fermée, a dit aux élèves que le secret de l’aïkido se trouvait dans cette boîte. A la fin du stage, les élèves ouvrent la boîte, impatients de découvrir le secret. A l’intérieur se trouvait un papier sur lequel était écrit : « Pratiquez ! »
Voilà : le secret de la pratique est d’abord… pratiquer. Pratiquer avec son corps pour expérimenter concrètement. Pratiquer encore et encore pour ressentir, vivre des expériences nouvelles qui ouvrent à des points de vue nouveaux, des possibilités autres. Rencontrer des limites, des empêchements, des découragements, des questionnements, des incompréhensions, laissant parfois émerger de nouveaux chemins. Déconstruire pour pouvoir reconstruire,…
Avant toute chose, acquérir une expérience concrète vécue dans le corps.

D’abord pratiquer, acquérir de l’expérience, de la matière, une expérience concrète vécue dans le corps. Et en chemin, reconsidérer notre pratique, l’intention (les intentions) que nous y mettons, la qualité d’attention que cela appelle.

La pratique n’existe pas sans celui qui pratique

Je parle ici de pratique, mais qu’y a-t-il derrière ce terme ? Ou plutôt qu’y met-on soi-même, quel imaginaire, quelles représentations, quelles attentes et exigences ?

L’expérience montre qu’il n’y a pas la pratique mais notre pratique. Il n’y a pas le Qi Gong : il n’y a que le Qi Gong que nous pratiquons. Cela ne veut pas dire que nous faisons ce que nous voulons, ce qui nous plaît, ce qui nous arrange ou ce que nous imaginons être bien. Cela veut dire que le Qi Gong que nous pratiquons est celui qui passe à travers les filtres de nos interprétations, de nos attentes, de nos représentations, de notre sensibilité individuelle et subjective. Tout un champ qui intervient dans la pratique, dont nous sommes généralement inconscient, qui est pourtant au cœur même d’un chemin de connaissance et de transformation.
Il n’y a donc pas de pratique sans quelqu’un qui pratique et ce quelqu’un est à la fois l’acteur et le témoin de cette pratique, celui qui va faire, ressentir, et faire encore sur la base de ses ressentis.
Il n’y a pas LE qi gong mais celui que nous pratiquons, avec notre histoire individuelle et notre subjectivité. C’est ainsi que la pratique peut nous conduire à nous-même, à notre essence.

Non seulement ceci est inhérent à toute pratique, mais c’est une bonne nouvelle : c’est ainsi que la pratique va nous conduire à nous-même. La vocation du Qi Gong est de nous conduire à nous-même (à notre essence je veux dire) et non… au Qi Gong ! Cela me rappelle ce que disait un danseur japonais dont je ne me souviens plus du nom : « l’art est ce qui rend la vie plus belle que l’art ».
Pourtant ce n’est pas toujours la vision développée en Occident : la pratique du Qi Gong est souvent vécue comme l’acquisition de méthodes permettant de cultiver et nourrir l’énergie en soi. En tant qu’élève, nous sommes alors focalisé sur l’apprentissage de ces méthodes afin d’en acquérir les bienfaits qu’elles recèlent. Ce faisant, nous en oublions celui qui pratique. Nous oublions que notre pratique n’est pas détachée de nous-même. En conséquence, même si les transformations énergétiques que génèrent ces méthodes créent des changements significatifs en nous, le qi gong n’est pas utilisé comme un chemin de connaissance de soi et nous restons d’une certaine façon séparé de nous-même.
Nous avons tendance à oublier que la pratique du qi gong n’est pas objective, indépendante de celui qui pratique. C’est cela qui nous maintient séparé de nous-même, à l’opposé de ce que nous recherchons.

Pour recréer ce lien, notre attention ne doit pas être uniquement focalisée sur les méthodes, mais aussi sur nous-même : comment nous pratiquons et apprenons ces méthodes, quelle relation nous avons à notre corps, quelles sont nos attentes cachées (et pourtant souvent légitimes) vis-à-vis du Qi Gong, par quelles représentations nous sommes gouvernés (représentations de nous-même, du qi gong, de l’enseignant,…). Tout un champ qui intervient dans la pratique, dont nous sommes généralement inconscient, qui est pourtant au cœur même d’un chemin de connaissance et de transformation.
Le Qi Gong nous fait rencontrer l’universel dans l’individuel. Bien que cette rencontre soit dans notre nature essentielle, le dialogue entre les deux ne va pas de soi.

L’universel dans l’individuel

Le Qi Gong nous donne accès à aux lois universelles qui œuvrent en nous et à l’extérieur de nous. Sa pratique nous fait rencontrer l’universel dans l’individuel. Bien que cette rencontre soit dans notre nature essentielle, le dialogue entre les deux ne va pas de soi. Il demande à être regardé, il demande à ce qu’on en prenne soin, pour soi et pour la vie qui nous habite. C’est la substance même du chemin intérieur.

A suivre

Dans le prochain article, je vous propose d’envisager les différentes phases dans la progression de la pratique.